Au travers les cartes postales anciennes
Je ne vais traiter que la cas de ma Bretagne,
qui a subi tellement de changement,
tout comme en France.
Sources : une Bretagne si étrange 1900-1920 de James Eveillard et Patrick
Huchet
Croyances, légendes et superstitions diverses
« Des trésors sont gardés par des géants et des fées. Chaque pays a sa folie : notre
Bretagne les a toutes. »
Il faut revenir à la citation de Jacques CAMBRY, pour découvrir les mille et une « croyances »
mi superstitions bien vivaces en Basse-Bretagne, à la fin du XVIIIème siècle… comme au début du XXème !
De nombreuses cartes postales nous fournissent la preuve éclatante de l’extrême propension des Bretons
et des Bretonnes à s’évader au royaume des fées et des korrigans… ou à tenter la bonne aventure dans le fond d’un bol ou celui d’un tamis.
Mythes et croyances autour des mégalithes
Théâtre de rites (pour le moins étranges) pratiqués par de jeunes Bretonnes en mal de maternité, les
menhirs, dolmens et autres allées couvertes, étaient l’objet de multiples contes et légendes, illustrées par autant de cartes postales.
Ty Ar C’Hornandened, l’île Grande … la maison des korrigans.

Cette carte postale mettant en valeur l’allée couverte de l’île Grande en Pleumeur-Bodou (Côte d’Armor),
illustre l’une des « croyances » fort répandues en Bretagne: La présence d’êtres surnaturels autour des mégalithes.
La Roche aux fées, également près de Retiers en Ille et Vilaine
« Ty-Ar-Chorriquet » … Maison des Chorriquets, à Gouesnach, en Cornouaille
finistérienne
Très usitée en Basse-Bretagne, à propos des dizaines de menhirs ou de dolmens habités par des fées
mystérieuses, comme à Plougrescant dans les Côtes d’Armor, l’on aperçoit parfois une « droac »h », en train de filer, sur l’îlot di Groc’h Koz.
Les « Kornandounezed » … korrigans, officiaient en nombre dans les campagnes de l’Argoat ou
dans les Côtes d’Armor, comme sur cette île Grande, où la tradition rapporte qu’ils forçaient à danser, ceux qui passaient près de l’allée couverte.

Elle raconte également une bien curieuse histoire.
Celle d’une vieille dame, dont le cochon ne mangeait rien … et qui pourtant à vue d’œil !
Intriquée, elle s’en vint à l’île Grande et découvrit son animal dégustant, de fort bon appétit, le repas préparé par les fées. Les paysans du village leur joueront un vilain tour, en tuant le
cochon devenu gros et gras à souhait, la veille du jour fixé pas ces dernières.
On pourrait également citer des dizaines de mégalithes, dont les « trésors
inestimables » sont gardés par des Géants (Gargantua), fées, korrigans et autres courils.
Plus insolites sont les cartes postales qui suivent :
Tregunc : la Men Dogan … Pierre des cocus
Nombreux furent les maris de cette cité (sans oublier ceux de Cornouaille, du Finistère, … et de
bien plus loin), à venir éprouver l’honnêteté de leur épouse contre la Men Dogan.

La tradition voulait en effet qu’un époux trompé ne puisse la faire bouger. Dans le cas contraire, un
doigt suffisait à la remuer.
La Men Dogan fut le théâtre d’une triste histoire, racontée aux veillées, dans les chaumières
cornouaillaises.

"Au siècle dernier, le pauvre Mao et la belle Corentine, étaient des paysans du bourg de
Beuzeg-Kong, au fond de la baie de Concarneau.
Mao était amoureux de la belle Corentine, et n’osait pas lui déclarer sa flamme. Il vint se confier
à un tailleur-sorcier de Lanriek qui lui révéla le moyen de savoir si son sentiment était partagé.
- « Tu sais bien le gros rocher que l’on voit à droite, sur la route, avant d’arriver à
Trégunc. C’est là que tu iras tout seul, un samedi soir à minuit, quand il y aura de gros nuages dans le ciel, car il ne faut pas que les étoiles te voient. Tu te rendras auprès du rocher,
tu te placeras en haut à côté de la butte, et alors, appuyant ton épaule gauche sur la pierre, tu feras trois efforts modérés, entends-tu ? »
- « Je ferai trois efforts modérés » .
- « Bien,
si le rocher tremble ou remue, c’est que la fille ne t’aime pas mon pauvre ami. S’il reste immobile, tu pourras compter sur sa tendresse, mais c’est diablement rare. Te voilà
prévenu… !!! »
En effet, le diabolique « tailleur-sorcier » voulait éliminer l’un des nombreux
prétendants de la belle Corentine … qu’il désirait également épouser … connaissant sa dot de 100 écus !
Il savait pertinement que le rocher bougerait sans le moindre effort.
Ah, le vieux filou … !!!
Trois jours plus tard, par une nuit de pluie et de vent, Mao se rend au coup de minuit, au pied du
rocher…
Le voilà qui monte sur la butte, il met son épaule gauche et il pousse.
Une fois « netra » … rien, deux fois, rien encore.
Mais quelques grains de sable glissent sous la pierre … la troisième fois « allas » …
hélas !... la pierre remue, la pierre tremble, elle frissonne comme une âme en peine.
Fou de douleur, « Corentine ne m’aime pas », le jeune homme partit sur le champ se noyer
dans les vagues furieuses de l’Océan. Corentine perdit la raison et on la vit souvent venir maudire le rocher qui lui avait pris son amoureux."
A cette époque, à la vérité, où la fidélité se trouvait encore, où les filles n’aimaient qu’une fois, la
Roche-fée n’ayant pas encore été consultée tous les jours, ne remuait pas aussi facilement qu’aujourd’hui.
Vous en viendrait-il l’idée d’en éprouver la véracité ???
A DEMAIN POUR LA FIN DE CE CHAPITRE